S’il est un oiseau qui mériterait bien d’être classé au titre de "Trésor régional", c’est bien l’Aigle de Bonelli ! Ce magnifique rapace dont le cri aigu perce le silence d’une fin d’après-midi ensoleillé peut être considéré comme l’oiseau emblématique du massif des Alpilles car l’on ne peut imaginer, au-dessus des crêtes, un ciel où ne planerait plus sa grande ombre majestueuse.
Petit, musclé comme un athlète, il est aisément identifiable lorsqu’il est adulte : ventre d’un blanc immaculé chez le mâle, blanc strié de flammèches gris ardoise chez la femelle, ailes légèrement arquées lorsqu’il plane ou, collées au corps lorsqu’au cours des parades il fait la bombe en se laissant tomber en chute libre d’une hauteur vertigineuse, c’est alors que l’on peut voir, à la base de la nuque, cette tache blanche en "V" qui le caractérise.
Quel oiseau ! Il faut le voir portant dans ses serres une proie presque aussi lourde que lui pour l’offrir à sa belle au moment des amours ou partant inlassablement en chasse quel que soit le temps, mistral ou pluie battante, pour nourrir sa femelle et ses jeunes. L’Aigle de Bonelli n’est pas le plus grand des aigles mais certainement l’un des plus courageux.
Les jeunes entièrement sombres sont plus difficilement identifiables, pas de trace de blanc dans le plumage mais le corps et les couvertures sous alaires offrent une belle couleur de feu, roussâtre. La silhouette en revanche ne laisse aucun doute, queue longue et étroite, main fortement digitée, aile cassée en angle à hauteur du poignet lorsqu’il est en vol, comme les adultes.
Nom scientifique : Aquila fasciata
Nom usuel : Aigle de Bonelli
Famille : Accipitridae
Couleurs : brun foncé, poitrine et ventre blancs
Aile pliée : 450-490 mm (mâle) - 490-520 mm (femelle)
Queue : 260-290 mm
Bec : 30- 36 mm (de la cire)
Tarse : 100-110 mm
Longueur : 65-73 cm
Envergure : 150-170 cm
Poids : 1,600 (mâle) - 2000 g (femelle)
Voix : long sifflement aigu, très sonore pendant les parades et à l’approche de l’aire
Durée de vie : 15 ans environ mais, rarement en pleine nature
Habitat : falaises calcaires aux parois escarpées
Régime alimentaire : mammifères, oiseaux, reptiles (surtout lézards)
Reproduction : 2 oeufs
Présent en Europe : Espagne, Portugal, France, Italie, Grèce, Croatie, Albanie, Macédoine, Bulgarie et dans les pays du Maghreb, l’Aigle de Bonelli, est essentiellement un rapace méditerranéen même s’il est nicheur en Iran en Inde et dans la Chine méridionale. En France, nous ne le trouvons que sur le pourtour de la Méditerranée et dans les Pyrénées. En Provence, les Alpilles constituent un territoire privilégié puisqu’elles peuvent lui assurer l’habitat de falaises et de rochers qui lui convient et les territoires de chasse opportuns avec des milieux forestiers ouverts , des garrigues basses et des vignobles.
Ce splendide rapace qui, originellement, occupait la totalité du pourtour méditerranéen faillit bien disparaître victime de la raréfaction des proies, des produits toxiques utilisés dans l’agriculture (herbicides et insecticides organochlorés notamment, produits fort heureusement interdits aujourd’hui), de la mauvaise réputation des "becs crochus", parfois de tirs malheureux. Sa population, en fort déclin depuis les années 1960-1970, estimée à 60 couples environ en 1975 n’était plus que de 29 couples en 1992 et 26 couples seulement subsistaient dans les Alpilles en 2002.
Inscrit au Livre rouge de la faune menacée en France dans la catégorie "en danger" et au niveau I des espèces dont la Conservation Mérite une Attention Particulière (CMAPI), cet oiseau est protégé par :
Tous les dangers ne sont cependant pas encore écartés…
Les effectifs pour la France sont extrêmement faibles. 26 couples seulement en 2007 alors que la population était remontée à 28 couples en 2004. Des mesures ont été prises pour enrayer ce déclin depuis 1999 dans le cadre d’un Plan National de Restauration : suivi de la population et surveillance des sites de nidification, aménagement des lignes électriques HT, traitement des poussins à l’aire et sensibilisation du public. Ces actions laissent espérer des jours meilleurs pour cette espèce mais ne seront rien sans une parfaite adhésion des populations locales à ce projet ambitieux : sauver ce joyau vivant de notre patrimoine.
Scène rapportée par un anthropologue rencontré sur le terrain il y a quelques années.
Nous sommes à Saint Etienne du Grès.
Les acteurs : notre anthropologue et un vieil habitant du village.
La discussion porte, bien sûr, sur les rapaces des Alpilles et notre brave homme de dire :
- " Oh ! Je le sais bien qu’il y en a des rapaces! Même qu’ils font des lâchers d’aigles de Bolivie !"
Eh oui ! Tout le monde ne peut pas savoir que Bonelli, grand ornithologue Italien, découvreur de ce rapace, a donné son nom à notre aigle… Et puis, Bonelli, Bolivie, à quelque chose près, c’est la même chose. Pas de quoi fouetter un chat dans le monde de l’à peu près !
Cette anecdote est assez révélatrice des rumeurs infondées qui sévissent toujours ici et là.
Il n’y a jamais eu de lâcher d’Aigles de Bonelli. Qu'on se le dise.
Moralité: Le pire ennemi des rapaces ? L’ignorance.
Jupiter et Junon
Contribution article: M. Corsange, LPO