Site du parc naturel des Alpilles

La meunerie de Barbegal et le patrimoine enfoui de la vallée des Baux

Dans un premier état, les deux aqueducs se rejoignaient au Vallon des Arcs où un bassin fouillé en 1990 en assurait la convergence. Ce bassin a perdu sa fonction lors de la construction des moulins de Barbegal au début du IIe siècle. Une prise d’eau située à quelques mètres du bassin dériva les eaux venant de la branche du sud des Alpilles vers le chaînon de la Pène qui offrait une pente propice à l'utilisation optimale de la force hydraulique motrice.

Les moulins de Barbegal : un bâtiment industriel du Haut Empire

Les trois campagnes de fouilles que Fernand Benoit y dirigea de 1937 à 1939 avaient en effet confirmé une hypothèse formulée par P. Véran à la fin du XVIIIe s. Elles lui ont permis de décrire l’architecture générale du bâtiment.

Long de 61 mètres pour 20 mètres de large, il comporte deux ensembles symétriques s'organisant dans le sens de la longueur (nord-sud) de part et d'autre d'un escalier monumental. Cet escalier partait d'une galerie d'accès située en bas. De chaque côté, vers l'extérieur, une série de huit sections ("biefs") étaient aménagées l'une au-dessous de l'autre, définissant deux "trains" de huit chutes actionnant seize roues. Entre l'escalier central et chaque bief étaient édifiées les chambres abritant les mécanismes de mouture. Le bâtiment est inscrit dans une enceinte dont les murs latéraux sont conservés dans la partie inférieure. Le mur sud de cette enceinte a été reconnu à 19 m du fond du portique. Il délimitait une sorte d’avant-cour où aboutissaient les deux émissaires évacuant les eaux qui avaient actionné les roues. Seul l’émissaire oriental a été fouillé. Long de 20,10 m, son conduit voûté déversait les eaux dans un fossé de 5 m de long qui les évacuait à l’extérieur de l’enceinte.

Les spécialistes s'accordent à souligner le caractère savant du dispositif et des mécanismes. Une goulotte de bois amenait l'eau en avant de la roue. Elle tombait dans les augets ("par en dessus"), qui, une fois remplis, faisaient tourner la roue par leur poids ; la rotation s'effectuait dans le sens du courant. Plus difficile à mettre en oeuvre que le système de la turbine et celui de la roue "par en dessous", ce système n'était pas le plus commun dans l'Antiquité. Mais il était le plus efficace. Selon les niveaux, la meule se trouvait à l'étage supérieur ou inférieur de la chambre. Dans les chambres inférieures, le fond du bief était au niveau de la fosse du moulin et les meules étaient placées sur un étage supérieur ; la transmission se faisait de bas en haut. Dans les chambres supérieures les biefs étant en surélévation, la transmission se faisait de haut en bas et les meules se trouvaient au-dessous de l'engrenage. Un tel dispositif permit de placer un maximum de chambres dans la pente.

L’Antiquité tardive dans la vallée des Baux

Saint Gabriel - D. GORGEON - Les alpilles Tarascon

Les fouilles n’ont pas seulement permis de corriger la proposition de F. Benoit qui datait les moulins de la fin de l’Antiquité alors qu’ils sont contemporains de l’apogée de la cité d’Arles au IIe s.. Elles ont contribué à révéler la richesse du patrimoine archéologique de la vallée des Baux. Construits vraisemblablement sous le règne de Trajan par le riche propriétaire d’une villa située quelques centaines de mètres à l’est dans la Vallée, ils ont produit la farine dont la ville avait besoin. Dans l’enthousiasme de la découverte, un ingénieur avait évalué à 28 t. de farine par jour la production de l’usine. En fait, elle devait être bien inférieure et ne pas dépasser 4,5 t., ce qui est déjà considérable et assure la fourniture journalière de 350 gr de farine à 12 500 personnes, la population d’un centre urbain romain comme Arles

Il y a vingt ans, la vallée des Baux pouvait passer pour une zone redevenue marginale à la fin de l’Antiquité. Cette image était en réalité tributaire d’une évolution qui accréditait l’hypothèse de son caractère palustre. Tout laissait penser qu’un étang l’avait occupé depuis la fin du néolithique. Les études environnementales qui ont accompagné le programme archéologique ont montré qu’il n’en était rien. La découverte d'inhumations datées de la fin de l’Antiquité au pied des moulins et, un peu plus loin à l’est, celle d'un petit cimetière d'époque carolingienne, ont montré que la Vallée a fait l’objet d’une occupation plus continue et plus longue que l'on ne croyait.

Dès lors, il est possible de résoudre des problèmes posés par le bâtiment fouillé par F. Benoit. Il s’agit bien de moulins. Le bâtiment a bien été occupé au bas Empire comme il le proposait. Mais alors il ne s’agissait plus de moulins. Après un abandon au milieu du IIIe s., le site avait été réoccupé et les moulins transformés en un bâtiment dont l’utilisation reste à définir. Cette hypothèse permet de revenir sur une proposition antérieure : la réouverture du bassin pour alimenter le bâtiment n’avait pas pour objectif de compléter l’aqueduc de Barbegal devenu insuffisant. La pose d’une vanne montre qu’il s’agissait d’une opération contrôlée par les gestionnaires de l’aqueduc d’Arles.

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