L’oppidum des Caisses de Jean-Jean est un site archéologique inscrit à l’inventaire des Monuments historiques depuis 1937. Il occupe principalement une combe orientée est-ouest délimitée au sud et au nord par des falaises imposantes qui ont servi de remparts naturels à cet habitat fortifié.

Son histoire se déroule sur près d’un millénaire, entre l’âge du Fer (vers 700 av. J.-C.) et l’Antiquité romaine, pour finalement être délaissé à la fin du IIIe s. ap. J.-C. au profit de villas situées dans la plaine.
Les fouilles menées sur le site ont permis de mettre au jour d’exceptionnelles stèles votives celtes datant de l’âge du Fer, gravées de cavaliers et de chevaux. Dans l’art funéraire, cet animal tenait un rôle psychopompe : il conduisait l’âme des défunts dans l’au-delà.
Ces cippes gravés sont aujourd’hui conservés au Musée départemental Arles antique
Toponymie
L’appellation « Caisses » est la première attestée dès 1791 par le cadastre de l’Assemblée constituante qui cite « la montaigne des Caisses », puis dans celui de 1830.
Praenishnikoff, en 1907, cite comme oppidum « les Caisses de Mouriès, mal caractérisé » et H. de Gerin-Ricart en 1932 écrit « les Caïsses, Habitat ». A cette date, le nom Jean Jean ne désigne que les terres du piémont méridional, limitées au sud par le « vieux chemin de Maussane à Eyguières » et à l’est par celui de Cagalou.
Le premier à parler des « Caisses de Saint-Jean » est Louis Rochetin en 1895, qui propose en mêm temps une explication du nom :
Ce sont deux compartiments encastrés entre leurs murailles naturelles et artificielles que l’on appelle vulgairement dans le pays Caisses de Saint-Jean.
Il ajoute en note :
Ces deux compartiments, enfoncés entre leurs murs naturels [les falaises] et artificiels [les deux remparts], ont effectivement l’aspect de deux grandes caisses. On les a appelées de Saint-Jean du nom, sans doute, d’une ancienne chapelle qui s’élevait dans l’oppidum, et qui, complètement ruinée depuis longtemps, n’a laissé ni trace ni souvenir
Cette affirmation, pourtant dénuée de toute preuve, a été reprise à partir de 1936.
Premier rempart
Au sommet d’une forte pente gravie par la piste actuelle, un premier rempart situé à environ 300m à l’ouest de l’oppidum barre la combe d’une crête rocheuse à l’autre. Ce mur simple de 4m de largeur, dont les parements latéraux maintiennent un remplissage en pierrailles, est franchit par la piste à l’emplacement de son ancienne porte. Cet avant-mur constituait la première des défenses avancées que l’on rencontrait en arrivant par l’intérieur de la combe.
L’espace situé entre le premier et le deuxième rempart pouvait constituer un endroit où parquer les troupeaux aussi bien qu’un lieu de refuge en cas de menace éventuelle pour la population vivant hors de l’oppidum.
Défenses avancées
A l’approche du deuxième rempart, des blocs de roche bruts, de taille variable, sont disposés en quinconce. Ils ont été placé là par les occupants de l’oppidum afin de créer un obstacle à l’avancement de machines de guerre et pour gêner les charges de troupes ennemies. Ces « chevaux de frise » précédaient 4 fossés secs séparés par des levées de terre, des aggers, servant à renforcer leur rôle défensif. Les fossés les plus proches du deuxième rempart ont été creusés entre le VIe et le IVe s. av. J.-C. ; les deux autres fossés et les chevaux de frise remontent quant à eux à la fin du IIe s. av. J.-C.

Rempart principal
Dans le système défensif de l’oppidum, le deuxième rempart constitue l’ouvrage majeur. Il est constitué de plusieurs murs construits successivement les uns devant les autres entre le VIe s. et le Ier s. av. J.-C. Il résulte de cette technique de « rempart à parements multiples » une importante fortification de plus de 10m d’épaisseur. Son aspect monumental transparaît encore aujourd’hui dans le paysage sous la forme d’une colline de pierres et de terre barrant l’espace entre les deux falaises.
Entre le IVe et le IIIe s. av. J.-C., les stèles votives d’un sanctuaire abandonné sont réutilisées pour consolider le rempart. Elles témoignent de l’occupation ancienne du site, vraisemblablement lieu de culte de l’âge du Fer.
Au centre de ce rempart, une tour semi-circulaire de 10m de diamètre constitue un véritable bastion défensif. Ses dimensions impressionnantes expriment également une volonté de monumentalisation pour accroître le prestige du lieu. On peut parler d’une véritable mise en scène afin d’impressionner le visiteur.
La présence romaine à partir du milieu du Ier s. av. J.-C. met fin à la vocation défensive du rempart qui, délaissé, tombe progressivement en ruine.
Porte fortifiée
De tous temps, l’accès occidental à l’oppidum s’est effectué par une seule porte fortifiée située contre la falaise sud. Le sentier actuel empreinte toujours cette entrée construite au VIe s. av. J.-C. Entre la porte et la falaise, une pièce était utilisée comme salle de garde.
Après un violent incendie vers 100 av. J.-C., la porte fortifiée est reconstruite avec l’adjonction d’une chicane. Les ornières profondes formées par les charrettes qui suivent ce virage attestent d’une intense activité dans l’oppidum.

Sitôt la porte fortifiée franchie, on se trouve dans la partie haute de l’oppidum, entièrement construite au fil des siècles. Un sentier tourne à angle droit vers le nord, reprenant le tracé d’une ruelle antique située entre deux îlots d’habitations. L’un de ces îlots, la Zone 01, a été fouillé de 1978 à 1982.
Habitat de la Zone 01
Une habitation du Ve s. av. J.-C. est abandonné pendant les IVe et IIIe s. av. J.-C. avant qu’une nouvelle construction composée de 4 pièces de part et d’autre d’une ruelle piétonnière soit construite au IIe s. av. J.-C., lors de la réoccupation massive de l’oppidum.
Pièce 1
Probablement une réserve : présence d’urnes, dolia, amphores ; y a également été retrouvé une ancienne fosse d’extraction d’argile.
Pièce 2
Présence d’un foyer, on peut donc supposer qu’elle constituait une pièce de vie.
Pièces 3 et 4
Restent à ce jour quelque peu énigmatiques, n’ayant été fouillées que très partiellement.
L’incendie généralisé de l’oppidum vers 100 av. J.-C. détruit l’ensemble des bâtiments. Au début de la 2ème moitié du Ier s. av. J.-C. l’habitat est reconstruit. La pièce 1 est alors protégée des eaux pluviales par un mur déflecteur et un trottoir. La pièce 4 comporte en réemploi un énorme seuil de porte de tradition hellénistique provenant d’un édifice public ou privé, détruit antérieurement.
Cette nouvelle occupation du quartier est brève : l’habitat est abandonné vers le changement d’ère, comme le reste de la partie haute de l’oppidum.
Maison augustéenne
Cette maison à pièces multiples reflète l’empreinte romaine par opposition aux traditions gauloises qui privilégiaient un habitat monocellulaire.
Cette maison gallo-romaine a été construite sur un habitat beaucoup plus ancien du Ve s. av. J.-C. Cet habitat, constitué de 3 pièces modestes (environ 10m²), n’est occupé que très brièvement.
Les occupants édifient alors pendant plus d’un siècle, sur les ruines de cet habitat, un énorme tertre de cendres d’une épaisseur maximale de 1,30 m et d’un diamètre supérieur à 10 m. L’interprétation de cet amoncellement de cendres est difficile à préciser (cultuelle, vestige de banquets, dépotoir de foyers, activité artisanale ?). La fouille a mis en évidence la présence en son sein de quantités de tessons et de rebuts de cuisine.
Jusqu’au milieu du Ier s. av. J.-C., il n’y a plus d’habitat signalé sur la zone. Une rangée de maisons adossées au rempart sont alors construites. L’influence romaine est perceptible dans les maçonneries : les murs (en bleu sur le plan) sont élevés entièrement en pierre avec parfois des enduits et certaines toitures sont couvertes de tuiles.
Au cours des dernières années du Ier s. av. J.-C., la maison est progressivement abandonnée. Son occupation dans le temps aura été très courte : à peine une quarantaine d’années.
Salle collective
Sous la falaise sud, une vaste construction de 12m de longueur et plus de 4m de largeur est édifiée vers la 2e moitié du IIe s. av. J.-C. Un auvent avec foyer complète le tout à l’est et abrite la porte d’accès.
L’intérieur est doté, sur trois côtés, d’une banquette adossée aux murs faisant office de siège. Les murs et le sol sont enduits d’argile jaune. Seuls, quelques vases brisés sur le sol constituent le mobilier.
Vers 100 av. J.-C., un violent incendie ravage le bâtiment, il est reconstruit quelques années plus tard sur le même plan, mais décalé vers le nord (peut-être à cause des eaux pluviales ruisselant contre la falaise) et entièrement en pierres liées à la terre avec de nombreux blocs provenant de la toiture d’un monument hellénistique détruit. Sa fonction, dans un premier temps, reste celle d’une salle collective, mais à cause du déplacement progressif des habitants vers le Piémont de Jean-Jean, cette salle n’a plus qu’une fonction agricole jusqu’à la fin du IIIe s. ap. J.-C.
Bassin
A quelques dizaines de mètres au nord de la salle collective se trouve une vaste zone ou poussent encore aujourd’hui des touffes de joncs.
Des sondages effectués en 1962 ont révélé la présence de murs imposants ceinturant un espace creux ayant pu jouer le rôle de bassin récupérateur des eaux de ruissellement. Celui ci se trouve en effet au point le plus bas de l’oppidum, là où convergent les eaux pluviales. Une canalisation a peut-être existé, permettant d’écouler le trop-plein vers le collecteur retrouvé sous la salle de garde de la porte fortifiée.
+ d’infos
Accès au site : 20 min à pied
Y aller : Commune de Mouriès
Prendre la route du golf de Servanes. Dépasser l’entrée du golf jusqu’à un croisement de routes.
Le parking et le départ du sentier sont à droite.
Parcours : 4km en aller-retour
Découvrir le site avec Chemins des Parcs
Attention !
Le site est soumis au risque incendie
Accès réglementé du 01/06 au 30/09
Renseignez-vous sur la carte d’accès aux massifs des Bouches-du-Rhône
L’Oppidum des Caisses de Jean Jean est un site archéologique protégé au titre du code du Patrimoine.
Ramassage, creusement ou usage de détecteur de métaux y sont formellement interdits et passibles de sanctions pénales.



